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Energie, conscience et expérience

par Anne Granger | Publié le 30 septembre 2003

Dans un monde où la vie peut être résumée à une succession de contacts qui réveillent notre agressivité, l’homme doit pouvoir compter sur ses ressources énergétiques pour résister. La fragilité psychologique d’un individu peut alors être comprise comme une faiblesse énergétique, à laquelle il faut pallier pour qu’il retrouve une certaine sérénité.

« […]
Pour traiter de l’énergie en psychothérapie humaniste, je m’appuie sur mon expérience de l’énergie dans mon propre développement de femme et de créatrice et dans celui de mes clients. Je m’appuie également sur des échanges avec mes collègues et mes lectures. Ce qui m’intéresse à l’heure actuelle c’est ce qui se passe à la frontière de la thérapie et de l’évolution spirituelle. Il me semble que l’une est le marchepied de l’autre.

Les effets de l’énergie se perçoivent dans la créativité restaurée, dans la capacité de créer du lien. L’énergie circule à nouveau quand on est vraiment en contact avec soi, après être passé par tout perdre: ses certitudes, sa place, ses repères, ses liens, son image…

De quelle énergie s’agit-il? De celle qui permet aux cellules vivantes de se développer? ce serait plutôt un programme… De celle qui permet des déplacements par des moyens de locomotion? plutôt carburants, combustibles… De celle qui préside au déplacement des planètes, des étoiles? ce serait plutôt des rythmes, des lois. De celle qui fait avancer un trimaran, balancer les feuilles d’un arbre? ce serait plutôt les éléments, le vent… De celle qui nous fait manger, parler, rire… ce serait plutôt le besoin… De celle qui nous fait évoluer… ce serait plutôt le désir… et l’artiste créateur, qu’est-ce qui le fait agir? Alors de quelle énergie s’agit-il?

J’ai l’occasion de voir l’énergie à l’oeuvre chez mes clients en thérapie, et au cours de stages d’élaboration de Mandala, d’en voir les effets, autant chez mes interlocuteurs qu’en moi–même dans la relation avec eux.

La raréfaction de l’énergie vient du refus, de l’impossibilité d’être en contact avec des situations actuelles qui réveillent la mémoire de situations anciennes, douloureuses parce qu’inachevées. Car chaque être dispose d’une « membrane » invisible, une frontière-contact, qui résonne aux stimulations internes et externes –internes: besoins, émotions, images, sensations; externes: présence de l’autre, contexte, environnement connu, inconnu-. Ce refus entraîne une présence à soi inexistante ou qui déforme la réalité du contact.

Le contact

Perls, Hefferline et Goodman décrivent ce qu’est le contact: « Fondamentalement, un organisme vit dans son environnement en sauvegardant ses particularités et, plus encore, en reconnaissant l’environnement aux différences de ce dernier: c’est à la frontière, à la limite, que les dangers sont repoussés, que les obstacles sont surmontés, et que ce qui est sélectionné et assimilé est toujours neuf. L’organisme survit en assimilant ce qui est nouveau, en changeant, en croissant. La nourriture par exemple, comme disait Aristote, est ce qui est « différent » mais peut devenir « semblable », et dans ce processus d’assimilation l’organisme lui aussi change. Avant tout, le contact est la conscience des nouveautés assimilables et le mouvement vers ces nouveautés, ainsi que le rejet des nouveautés non assimilables. Ce qui est envahissant, immuablement identique, n’est pas un objet de contact ».

On dit qu’un organisme en bonne santé est dans un contact souple avec son environnement, dans une réponse aux sollicitations extérieures ajustée à l’état des besoins intérieurs. Frontière-contact, c’est la zone d’échange et également le lieu de la croissance; telles la peau, la membrane d’une cellule, le système immunitaire. « La frontière du contact n’est pas une partie de l’organisme, c’est essentiellement l’organe d’une relation particulière entre l’organisme et l’environnement ». Cette frontière est « un centre d’énergie perméable et vibrant ». Ce sont les émotions qui en sont l’écume, reflets de la situation interne et des interactions. Ce concept de frontière-contact est très pertinent: il est frontière d’un organisme vaste qui recouvre en particulier le spirituel, l’émotionnel et le physiologique. Notre système immunitaire en est une composante, dont on découvre les fonctions dans l’organisme humain quand on parle du HIV.
[…]

L’AGRESSIVITÉ / LE CHOIX

Perls dit que la condition de survie de l’être humain est l’agressivité et non la libido comme l’énonce Freud. La faim correspond à l’instinct de conservation de l’individu et la sexualité à l’instinct de conservation de l’espèce. L’agressivité se manifeste au début de la vie dans la mastication des aliments: après que le bébé a été nourri de tout ce qui vient de son environnement, vient l’étape où l’enfant commence à choisir et assimiler de façon sélective les aliments au lieu de continuer à accepter « tout rond » ce qui vient de l’environnement. C’est cette fonction qui va permettre à l’être humain de se développer tout au long de sa vie, choisir sa réponse en tenant compte de ses goûts, de ses besoins (de son monde intérieur) et des propositions ou sollicitations de l’environnement (du monde extérieur). Cela se fait de façon plus ou moins spontanée et plus ou moins consciente. La capacité de choisir est une des sources du développement de l’être humain. Dans des périodes d’épreuves ou de changement, les repères se brouillent. Le système de références (valeurs, critères, besoins, risque) est déstabilisé et la capacité de choisir en est amoindrie, ce qui réduit la capacité d’agir et a un impact sur l’élan vital.

On représente le contact comme un cycle qui se déroule en plusieurs étapes. L’essentiel à retenir sont les quatre phases suivantes: la prise de conscience du besoin ou de la gêne, l’énergétisation, la satisfaction du besoin, le retrait. Si ces quatre étapes ont pris leur place, un « vide créateur »s’ensuit, qui rend disponible pour que du nouveau prenne place. Pour que la situation soit satisfaisante, il faut que le cycle se déroule de bout en bout, depuis la prise de conscience jusqu’au retrait.

Les souffrances que nous vivons aujourd’hui sont une réactivation de cycles interrompus lors des relations de la prime enfance, qui ont entraîné cette répétition de cycles inachevés dans le même « sillon », pourrait-on dire. Le thérapeute en Gestalt accompagne son client, lors de l’émergence d’une émotion. Quelle figure émerge du fond? A quelle étape le cycle de contact est-il interrompu? Il propose une expérimentation qui amène le client à laisser se dérouler le cycle de contact jusqu’au retrait. L’expérimentation permet de « traverser », de franchir un obstacle par l’action.

L’objet de la thérapie c’est de recontacter la douleur initiale et l’énergie bloquée à cette occasion -dans un contexte de confiance et de sécurité. Cela donne au client la possibilité de la revivre et de s’en libérer, en redonnant ampleur et justesse au déroulement du cycle de contact, à la trace de mémoire interrompue prématurément lors de la première expérience. […]”

Revue Française de Yoga,n°15, « L’énergie en question », janvier 1997, pp. 185-196.

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