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Disciple de l’ordinaire

Publié le 22 septembre 2003

Etre suffisamment disciple pour accepter le maître de l’ordinaire, tel est le défi que nous lance Bernard Montaud. Le chemin de la résurrection n’est pas forcément fait d’illuminations grandioses et d’extases hors du commun, il est avant tout fait d’une humble simplicité au quotidien.

« II faut deux choses à un bon marcheur: tout d’abord connaître le but vers lequel il va et ensuite faire un pas dans le bonne direction. Ne serait-ce pas là les caractéristiques d’un bon disciple? Gitta Mallasz nous a fait pressentir le but: l’homme matière-lumière. Nous est-il possible d’apercevoir concrètement notre prochain pas pour y parvenir? Si Jésus fut le premier maître sur le corps, comment pouvons-nous espérer être les seconds ? Partout il nous est annoncé son retour sur terre. Mais n’est-ce pas de nous dont il est question, de l’Homme ayant enfin accompli ce que Jésus avait annoncé: un corps transparent?

Voilà bien la direction que semble nous indiquer l’évolution universelle, comme si un programme déposé au fond de l’homme attendait de se réaliser. On dirait qu’une mutation naturelle guide notre chair. On dirait qu’un Jeu d’énergie subtil se prépare à nous faire glisser vers la matière-lumière.

Bien sûr, nous avons encore le choix entre l’opacité lourde et la transparence légère, c’est même à nos actes quotidiens d’en décider, comme des milliers de petits pas témoignant de la direction prise. Alors n’est, ce pas vers le choix conscient que le MAITRE désire entraîner l’HUMANITE-DISCIPLE?

Comme c’est étrange, c’est dans nos plus petits actes que l’univers attend le verdict des hommes. C’est dans nos plus petits actes que se joue l’enjeu de la lumière: la vie sur terre.

Peut-être serai-je capable un jour de franchir toutes les fré-quences de ta lumière, jusqu’à la transparence. Mais quel est donc le prochain degré de luminosité que dès aujourd’hui je peux expérimenter? Par où vais je « ordinairement » commencer à ressusciter? Peut-être serai-je un jour capable du corps sans poids qui marcha sur les eaux. Mais quelle est donc ma prochaine pesanteur que dès maintenant je peux supprimer? Par où vais-je « ordinairement » commencer à m’alléger?
[…]

[…] A l’exception de quelques grands drames, ce sont des milliards d’instants anodins qui tuent nos joies, des milliards de grains de poussière qui alourdissent notre bonheur. Et si nous commencions par là? Par ces petits tracas que l’on veut transformer au lieu de s’attaquer à nos grands chagrins que, pour l’instant, nous ne pouvons que supporter. Et si au lieu des grands échecs spectaculaires, nous débutions horriblement par de petites victoires ordinaires? Voilà bien une résurrection quotidienne que le MAITRE semble nous offrir à portée de main.

D’accord, le but, c’est de marcher sur l’eau, mais le prochain pas, c’est de marcher sur terre. D’accord, le but, c’est la transparente lumière, mais le prochain pas, c’est la blancheur de notre ordinaire.

Avant de prétendre explorer tous les degrés de la transfiguration, allons-nous accepter le programme du ciel et commencer par le premier stade qui nous est offert: non pas les transes d’une grande visite cosmique, mais l’exigence d’une vie quotidienne en paix; non pas l’illumination soudaine d’une lumière fulgurante, mais la patiente révolution du « connu » et du « câlin » envers son conjoint.

Voilà, je crois, la première élévation, la première résurrection qui est attendue de nous, préparant au but. Voilà, le crois, un premier trait de lumière qui commence à pénétrer la matière, et déjà le léger qui chasse le lourd.
[…]

Il semble bien que nous soyons d’immenses transformateurs d’énergies.Mais sommes-nous déjà capables de transformer nos petites résistances, nos petits agacements en un sourire qui agit?

Tiens I Dans le Petit Robert, au mot « chlorophyllien », on peut lire: qui consiste, sous l’action de la lumière, à absorber le gaz carbonique contenu dans l’air ambiant et à rejeter de l’oxygène. Cela ne s’invente pas ces choses-là!A quand l’Homme chlorophyllien? Cal homme qui, grâce à la lumière de son Ange, absorbera les agacements carboniques contenus dans l’air ambiant pour rejeter l’oxygène d’un sourire? Comme les plantes, n’avons-nous pas à rendre la terre respirable?

Que l’on me permette cette comparaison hasardeuse: faute de ne pas pouvoir, encore, être le second maître sur le corps, qu’il me soit permis, déjà, d’être le premier disciple du feu rouge matinal. Bien sur, c’est moins glorieux. Mais qui vivra enfin ce que nous lisons partout, au lieu de continuer à parler de ce que nous ne vivons nulle part?

Qui ose envisager sa résurrection commençant en bas de l’échelle, comme un chemin d’acte en acte, pour sortir des plus petits pièges de la vie ?

Qui est suffisamment disciple pour accepter le MAITRE dans l’ordinaire? Qui aura le courage de dire: oui, je fais un chemin spirituel, je ne m’agace plus au feu rouge, je suis à jour dans mes comptes, et j’embrasse ma fille chaque soir au lieu de l’oublier? Qui aura l’audace de vous dire les yeux dans les yeux: sais-tu? Je ressuscite pas à pas.

On nous parle d’Ange, de maître intérieur. Mais qui parle avec lui-même, dans son dialogue le plus simple « le hasard », avant de prétendre entendre des voix. D’abord. si rien n’est un hasard, c’est que tout parle. Alors, qui parle? Qui écoute ? Qui dialogue avec son Ange jusque dans la matière? Il ne s’agit pas, comme on le voit trop souvent, d’interpréter en permanence les signes, ni de cette incessante explication de tout ce qui nous arrive mais d’une intime conviction silencieuse, instantanée, d’une connivence discrète de notre cohabitation sur terre.
[…] ”

Revue Française de Yoga, n°1, « De maître à disciple », janvier 1990, pp. 179-186.

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