Le Monde du Yoga

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Candide et les sutra

Publié le 17 mars 2004

Le savoir emprisonne non seulement l’esprit, mais aussi le corps. Pour s’en libérer, il faut apprendre à en faire abstraction : cela permet de retrouver l’harmonie corps-esprit. Toute la difficulté tient à ce qu’il faut cependant se concentrer afin de tenir la posture avec fermeté : abstraction d’une part, concentration de l’autre, donc.

[…]
FERMETÉ et LACHER-PRISE

Les sages et leur pensée nous éclairent, nous orientent et nous assistent tout au long de notre existence. La solidarité spirituelle entre les humains se perpétue merveilleusement tout au long des siècles.

Les biographies et les leçons des sages et des savants affluent. Elle provoquent notre enthousiasme et nous donnent l’énergie pour tenter l’expérience spirituelle.

A notre époque, les moyens les plus fréquents dont nous disposons sont les cours collectifs de pratique posturale et respiratoire, l’abondance de l’information.

Une interrogation s’élève, elle concerne les effets des conditions actuelles d’introduction au Yoga. La mise en route, pour la plupart d’entre nous, est le travail physique. Nous commençons par « faire » du Yoga.

Quel est le cheminement possible par cette voie offerte en notre siècle? A quel royaume nous donne-t-elle accès? Pour la présente réflexion, nous nous situons dans la dynamique de ce questionnement.

C’est pourquoi, aux passionnants témoignages de toujours, aux pensées et aux théories éclairées de notre temps, nous aimerions associer le message d’un modeste apprenti Hatha-yogi contemporain. Nous nous permettons de vous conter la rencontre de Candide avec les Sûtra telle que nous l’entendîmes.

Candide « cherche une voie ».
Lors de cette recherche, une conférence éveille son intérêt. Elle traite du Yoga. Entre autres, différentes définitions sont énoncées. Candide en retient deux:

D’une part, le yoga est un état d’être. Il s’agit, en ce cas, de l’état d’être le plus élevé que notre nature puisse nous permettre d’atteindre. C’est l’état d’UNITE, d’union parfaite avec l’Essence de la vie.

D’autre part, le yoga est (aussi) la méthode pour parvenir à cet état d’être unifié, supérieur.

La méthode traite de huit domaines, « huit membres », énoncés par PATANJALI. Candide est intéressé. Il décide de découvrir la méthode.

Candide emprunte le chemin, ordinaire de nos jours. Il « fait » du Yoga. Le professeur est une dame charmante et compétente. Les cours sont intéressants. Candide progressa dans la prise des postures. Sa respiration lui est devenue plus familière. Un état agréable s’installe.

Vient un moment où cette satisfaction est remise en cause, celui où il prend conscience de la fréquence d’une expression à laquelle il n’avait pas porté attention dans les premiers mois de sa pratique

* sthira sukham âsanam
posture stable-ferme et confortable-aisée

A dater de cette découverte chaque fois que la formule familière s’élance des lèvres du professeur, Candide ressent son rayonnement mystérieux dans toute la salle…

* sthira sukham âsanam
Stabilité-fermeté et confort-bien-être

Mais aussi, simultanément, à cause d’elle il se surprend fréquemment en train de contraindre son corps, parfois assez durement, alors qu’il était persuadé de tout faire pour être détendu.

II constate sans ambiguïté que, par une activité destinée à créer le mieux-être, il court le risque de provoquer la souffrance.

* sthira sukham âsanam

Une question s’installe en lui « Comment concilier fermete et confort? » […]

Il s’aperçoit que son intérêt se porte surtout sur la posture. Le processus est le suivant: le mental juge la posture, décide de son excellence, de ses vertus … puis, fort de son opinion, l’impose au corps. Il y a prédominance de la préoccupation à propos de la réalisation de la posture. Dans sa pratique professionnelle, il se consacre harmonieusement aux deux types de caractéristiques: celles de l’oeuvre à créer, celles de la matière. Ses gestes s’adaptent à la double exigence, dans la connaissance et le respect des unes et des autres.

Candide découvre qu’en Hatha-Yoga, il agit en fonction d’un savoir, d’une idée qui lui a été enseignée ou qu’il s’est forgée à propos du fonctionnement du corps.

Une évidence s’impose à lui, il se dit: « Lorsque je prends une posture, je suis sous l’influence du savoir, de l’idée préconçue que je m’en fais. L’idée préconçue influe sur la manière de prendre la posture et elle provoque l’attente d’effets ».

Un mode d’action s’offre à lui. Candide décide de s’appliquer, lors d’une posture, à se libérer de l’esclavage de l’idée « toute faite » pour entrer en contact avec la réalité du corps. […]

Revue Française de Yoga, n°12, « L’étirement postural », 1995. pp.61-72

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