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Un auteur et son oeuvre : Maryse Choisy (1903-1979)

Publié le 18 septembre 2003

Fondatrice de l’Alliance Mondiale des Religions, Maryse Choisy apparaît comme l’apôtre de l’amoureuse sagesse, c’est-à-dire de la connaissance par l’amour. Cet amour dont elle défend l’unité fondamentale, de la bête à Dieu, du physique au métaphysique, quelques vives réactions que ces idées aient pu entraîner, notamment au sein de l’Eglise.

« Docteur en philosophie après des études supérieures à la Sorbonne et à Cambridge (Angleterre), Maryse Choisy a débuté à Paris dans le journalisme et la littérature pendant les « années Folles » qui ont suivi la guerre de 14. De cette époque datent les grands reportages qui lui ont valu très tôt une grande notoriété: c’est « Un mois chez les Filles », enquête d’une rare audace menée dans les maisons closes et qui en réclamait l’abolition. (Ainsi devançait-elle la loi d’interdiction qui fut prise seulement après la guerre de 39.) C’est « Un mois chez les Hommes », récit d’une visite aux moines du Mont Athos, dont aucune femme n’avait auparavant forcé la clôture…

« Quand les bêtes sont amoureuses », qui vient ensuite, a été écrit après deux mois passés dans le tour de France d’une ménagerie foraine. Jamais on n’avait ainsi exprimé la fraternité avec les fauves. C’est là que Maryse Choisy a puisé l’intuition qui lui a fait dire, au risque de scandaliser: « L’amour est un, de la bête à Dieu ».
[…]
Maintenant elle va « chercher Dieu dans tous les cieux ». Et c’est à la veille e la guerre de 39 qu’un hasard providentiel la met en présence du Père Teilhard de Chardin.

Le savant jésuite, alors peu connu, rayonnant d’intelligence et de charité, a tôt fait de la ramener à la foi de son enfance, par l’exemple vivant d’une synthèse entre science et religion. Se noue alors une amitié qui durera jusqu’à la mort, en 1955, du grand penseur catholique.

L’heure de la psychanalyse

La paix rétablie, Maryse Choisy, toujours en quête des « choses cachées », se voue à la psychanalyse, cette science neuve qui explore l’inconscient, les motivations obscures des hommes, responsables des temps de barbarie que l’on vient de vivre. […]

Voyages en Inde

Maryse Choisy a visité l’Inde pour la première fois au lendemain de la guerre de 14. Son deuxième voyage, elle le fait en 1952. Elle passe plusieurs mois à faire retraite à l’ashram de Sivananda à Rishikesh. Un nouveau tournant s’amorce là dans sa carrière.

Entre l’Est et l’Ouest, il est temps de jeter un pont. L’oecuménisme est dans l’air. En 1965, Maryse Choisy prend part à Delhi -c’est son troisième voyage en Inde- à un grand congrès interreligieux sous l’égide d’un maitre sikh. Alors un grand dessein germe dans son esprit.

L’Alliance mondiale des Religions

Dès son retour à Paris, Maryse Choisy crée l’Alliance Mondiale des Religions. Le Congrès constitutif a lieu au début de 1966, sous le double patronage du Vatican et du Dalaï Lama. Il s’agit de faire en sorte que les différentes religions et spiritualités du monde, tout en restant elles-mêmes, se connaissent, se comprennent et s’aiment mieux, en découvrant par un travail commun de recherche, leur unité profonde. « Tout ce qui monte converge », a dit Teilhard de Chardin. Maryse Choisy dira « la mystique rapproche ceux que la théologie sépare ».

L’autre aspect de l’entreprise, le plus original, est de faire dialoguer librement hommes religieux et hommes de science. […]

Une philosophie de l’amour

De l’oeuvre de Maryse Choisy, Bernard Guillemain dégage une philosophie originale, qu’il nomme « l’amoureuse sagesse » (c’est aussi le titre de son livre). C’est-à-dire la connaissance par l’amour.

De fait, l’apport principal de Maryse Choisy a la pensée actuelle, c’est une vision du monde fondée sur l’amour.

L’amour, à ses yeux, c’est la parole perdue de la Bible, après laquelle soupire une humanité en détresse. C’est l’amour qui peut faire la paix entre les sexes, entre les hommes et les nations. C’est l’amour qui peut faire notre salut en remportant la victoire sur la mort. Pourvu que nous sachions mettre nos vibrations intérieures en résonance avec l’énergie cosmique, source de toute vie.

Entendons qu’il s’agit de l’amour élevé au plan divin, celui dont les saints offrent le modèle. Certes il se nourrit d’abord de la force sexuelle. Mais il faut savoir la transmuer, cette force sauvage, en énergie spirituelle. C’est ici que les techniques orientales pour la montée de la force nerveuse (de la koundalini) à travers les çakras – que Maryse Choisy, avant beaucoup d’autre, a contribué à nous faire connaître – peuvent être d’un grand secours aux Occidentaux, quand la seule dévotion ne suffit pas pour susciter la sublimation nécessaire.

Telles sont, les idées que Maryse Choisy a développées dans les grands livres qui s’échelonnent sur les vingt-cinq dernières années de son existence terrestre.

« Le scandale de l’Amour »

C’est d’abord, en 1954, la publication du Scandale de l’Amour, qui pose l’unité fondamentale de l’amour non seulement de la bête à Dieu, mais de l’atome à Dieu. Freud est d’accord là–dessus avec Platon et Vivekananda. Ce rapprochement brutal du spirituel et du physiologique peut scandaliser ceux qui croient à une différence de nature. Mais l’auteur se prévaut de l’approbation de Teilhard de Chardin. Dans une lettre de New-York, Teilhard écrit que de son livre il admire tout: « Naturellement je pense avec vous que la solution est dans l’évolution, c’est-à-dire dans la sublimation. I! nous faut tailler une théorie de l’esprit émergeant de la matière, allant du physique au métaphysique, en passant par le biologique, le psychologique et le mythique. Parce que l’union est créatrice de l’être. »
[…] ”

Les carnets du yoga, n°22, octobre 1980, pp. 4-15.

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