Le Monde du Yoga

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Biomécanique des étirements

par Jean-Pierre Laffez | Publié le 12 août 2005

Les lois d’équilibre, d’économie et de confort sont conjuguées par le corps humain par l’intermédiaire de l’ensemble des fascias, qui constituent l’enveloppe du corps pouvant être étirée. Leur entraînement dépend de l’état général de l’organisme, et notamment des muscles.

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II. ANALYSE BIOMÉCANIQUE

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Aspect biomécanique des étirements

Les forces organisatrices du corps se propagent à travers des circuits de forces mécaniques agissant dans des directions bien précises.

Le corps, tout au long de la vie, obéit à plusieurs lois: l’équilibre, l’économie et le confort.

Physiologiquement, l’équilibre est une priorité et toutes les solutions recherchées sont avant tout économiques. Le schéma étant physiologique, il doit évidemment être confortable.

Dans son adaptation, le corps cherche à maintenir son équilibre, et pour cela, il doit s’accorder avant tout à la règle de la non-douleur.

Ainsi, l’intelligence du corps fait que tout doit être adapté pour diminuer toute douleur possible. Ainsi, il va diminuer sa mobilité jusqu’à retrouver un certain confort. Ce confort est toujours la conséquence d’une dépense supplémentaire d’énergie, d’où une plus grande fatigabilité. Quand le jeu des compensations musculaires devient insuffisant, l’être humain ne peut plus assurer sa verticalité ; il doit s’aliter.

Ainsi, l’homme debout est un compromis entre la verticalité et un besoin incessant de dissimuler ses problèmes de tout ordre. Il doit s’adapter à la pesanteur, assurer son équilibre, programmer ses gestes. Ces fonctions sont assurées par les chaînes musculaires. La coordination de l’organisation générale passe par l’ensemble des fascias. Sur un plan fonctionnel, les fascias sont solidaires les uns des autres et constituent ainsi un unique fascia. Ce fascia forme l’enveloppe du corps dont la peau, qui par ses ramifications, pénètre au plus profond du corps. Cette enveloppe, véritable toile d’araignée, n’accepte pas d’être allongée, mais seulement étirée. A l’égal des ficelles de manoeuvres d’une marionnette, tout mouvement d’allongement d’une partie du fascia nécessite un accord de l’ensemble de cette toile fasciale. La résultante de l’ensemble des tensions doit être une constante et non pas le résultat d’une succession d’étirements-relâchements (exemple des exercices à effet de ressort par « bouffées »), sinon une tension douloureuse s’installe et déclenche par voie réflexe des tensions musculaires destinées à diminuer l’étirement du fascia.

Les fascias relient l’ensemble de l’appareil locomoteur mais également les viscères. Une bonne statique, un travail correct du corps sont de ce fait indispensables. Si la mobilité de l’appareil musculo-fascia-squelettique est altérée, il y a répercussion sur la sphère viscérale et, réciproquement, un viscère occasionne par son volume ou sa pesanteur, une rétraction du système fascial.

Le concept et le travail des chaînes musculaires sont en réalité communs au fascia. Les muscles sont contenus dans des enveloppes aponévrotiques. Le rééquilibrage des tensions passe par ces enveloppes. Le muscle, notamment dans les étirements, n’est que l’intermédiaire à l’organisation générale du corps : redressement des courbures, réajustement des segments et étirement des fascias.

Cependant, le corps doit accepter les étirements qui lui sont proposés. Il faut avoir tenu compte de la qualité de la toile fasciale pour lui redonner de l’allongement. La trame fasciale dépend de la nutrition, du drainage, de la défense de l’organisme aux traumatismes quotidiens de la vie. Chacun imagine que la récupération de ce fascia doit tenir compte des autres fonctions.

D’où l’importance d’une approche globale de la façon de vivre de l’adepte en yoga, tout étant lié.

Le remodelage et l’entraînement des fascias sont obtenus par l’entraînement des chaînes musculaires ; il est donc indispensable de procéder à un entraînement complet de l’individu.

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Résumé

Les deux systèmes que nous venons d’étudier entrent en jeu:

– la chaîne antérieure (muscles fléchisseurs) pendant l’enroulement,
– la chaîne postérieure (muscles extenseurs) pendant le redressement.

Quand ils travaillent ensemble, ils créent entre eux un état de tension qui annule leur effet ; il en résulte un auto-grandissement.

Lordoses cervicale et dorsale sont nécessaires pour la mobilité du corps : tronc et membres ; les zones cyphosées (crâne, thorax et bassin) sont les points d’appui permettant ces mouvements.

L’activité de l’auto-grandissement ne peut être durable car les muscles sont vite fatigués. Le tonus musculaire doit être de bonne qualité et maintenir dans des tensions justes. Ce tonus musculaire est dépendant d’une structure nerveuse en rapport avec la fatigue de l’Etre Humain, qu’elle soit physique ou mentale. On comprend que l’attitude de l’individu dépend de sa bonne santé, donc du bon fonctionnement de toutes ses structures mentales et physiques. Les étirements sont pour cela des exercices qui doivent être privilégiés dans toute pratique, quelle que soit la position du corps.

Les différents types morphologiques se déterminent logiquement à partir de cette remarque : en fonction de la dominance de l’un des systèmes droit antérieur, postérieur ou croisé, et de la capacité de chacun à se grandir.

L’utilisation de ces systèmes est personnelle à chacun. Elle dépend:

– de l’attitude mentale,
– du respect du confort,
– de l’équilibre,
– et de l’adaptation la plus économique possible.

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Revue Française de Yoga, n° 12, « L’étirement postural », juillet 1995, pp. 37-64
Revue Française de Yoga, n° 12, « L’étirement postural », 1995, pp. 37-64

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