Le Monde du Yoga

Retour

La psychophonie ou le yoga du Verbe

Publié le 05 août 2005

Cantatrice et professeur de pose de voix, Marie-Louise Aucher a donné suite à une expérience personnelle en mettant en application ses conclusions et en enseignant ses méthodes, fondées sur l’idée selon laquelle il existe une sensibilité invariante du corps aux vibrations sonores.

(..)

Pour ne pas devenir une « mécanique chantante », je m’appliquais à ressentir profondément chaque vibration des orgues. Je constatai alors qu’elles me « touchaient » à des endroits précis, surtout le « Ré » du médium. Je notai la succession de ces zones sensibles sur le dessin d’un squelette. Ce schéma parvint à la connaissance d’un médecin professeur à l’Ecole d’Anthropologie, le Professeur Martiny. Il me dit, et j’en fus stupéfaite, que j’avais retrouvé et noté, point par point, le tracé de l’acupuncture sur le corps, alors que j’ignorais tout de cet art… Le professeur m’encouragea vigoureusement à continuer à travailler sur cette piste.

On me proposa alors d’étudier les effets du chant sur des enfants caractériels et « mentaux légers » à l’Hôpital Bichat, puis sur des enfants victimes de troubles de croissance, à l’Hôpital Trousseau.

Je fus invitée aussi à essayer les bienfaits du chant chez les « grands mentaux » à l’Hospice de Charenton, puis sur des sujets en pré- ou post-psychiatrie à « L’Elan Retrouvé ».

J’eus là l’occasion de réaliser un travail acharné pour comprendre ce que la voix apportait sur les plans « organique », « nerveux », « émotif ». Les répercussions me semblérent être grandes, en plus, sur le plan éthérique et spirituel.

Les cautions du Professeur Baruch, puis du Professeur Chauchard chassèrent définitivement de mon esprit la crainte d’être une imaginative. Je fus aussi invitée à travailler dans les plus hauts lieux de l’Eglise et dans beaucoup de monastères.

Là, se justifia pour moi la fidélité à certaines traditions chantantes en rapport avec l’équilibre corporel et général des humains. Les races et les époques peuvent se succéder ou se superposer, la même sensibilité aux vibrations sonores demeure. Surtout celle de la voix.

L’aspect « dogmatique » peut, soit à un moment, soit à un autre, faire oublier à beaucoup de responsables cette coïncidence fidèle des sons avec et en l’homme. Celle-ci n’en demeure pas moins fidèlement bâtie sur la vérité essentielle de l’Incarnation du Verbe sonore en lui-même.

Et celui qui a compris cela se trouve progressivement persuadé qu’un « thérapeute », soit laïque, soit consacré, ne doit agir sur un homme que d’une façon provisoire. Il doit surtout l’éclairer pour découvrir en lui-même le dépôt sacré qu’il a reçu dès la conception, et doit l’aider à le développer de plus en plus consciemment, à se découvrir et à s’utiliser.

J’ai mentionné au cours des premières lignes mon étonnement sur certaines caractéristiques d’un nouveau-né. Il m’a semblé que, pour en tirer des conclusions, il fallait éclairer le lecteur de ces lignes sur l’origine de mes prises de conscience.

Par une heureuse coïncidence, en même temps que je faisais mes remarques au sujet du nouveau-né de mon élève, j’étais au travail avec des « nourrices » dans un arrondissement de Paris. Les assistantes sociales à qui je confiais mes remarques m’avaient demandé un entraînement vocal pour que les bébés confiés aux nourrices entendent les chansons traditionnelles françaises chantées par des voix « justes ». Ces assistantes sociales m’invitèrent à recevoir dans ma salle de travail un groupe de futures mères. Par cette expérience, nous souhaitions vérifier les constatations de précocité sensorielle en observant d’autres nouveaux-nés.

Et ce fut positif.

Ce succès fut colporté, et provoqua bien des réflexions autour de nous. On en parla beaucoup.

Plusieurs de mes élèves en formation vocale désirèrent à leur tour faire chanter de futures mères. Elles assurèrent les trois degrés de formation psychophonique. Et, à la suite, elles reçurent un éclairage spécial en vue du chant prénatal.

C’est ainsi, qu’à travers la France, se créèrent des centres d’ « Harmonie par le Chant », réunis en Fédération, et contrôlés dans leurs pratiques.

Il est pourtant certain que la pratique du chant pendant la grossesse permet une préparation harmonieuse à l’accouchement. Tout au moins, grâce au chant prénatal, les mamans apprennent à bien respirer, à éveiller leurs sensations corporelles. Elles pratiquent, pour bien chanter, la « bascule du bassin », surveillent leurs sensations nerveuses. L’atmosphère affective et positive de nos chansons raffermit leur moral.

J’ai remarqué maintes fois depuis le début de ma « croisade » pour le chant prénatal que les enfants ainsi « vibrés in utero » présentent, une fois nés, un capital grandissant de joie et d’équilibre.

(…)

Il me fut nécessaire de me reporter aux grandes civilisations passées pour être certaine que les religions et les pratiques générales choisissaient fidèlement le chant à travers les âges pour l’éducation et pour l’initiation.

Et nous, psychophonistes, savons que tous les peuples ont les mêmes localisations de sensibilité sur et dans le corps.

Le « A » résonne dans la tête. Le « O » résonne dans la poitrine. Le « I » résonne dans le bassin.

La formation du langage oblige à y ajouter des consonnes, lesquelles amènent la vibration de chaque voyelle en sensation percutante sur telle ou telle partie du corps.

Il se produit ainsi un massage, interne ou externe, amenant sur tous les plans humains, des plus charnels aux plus subtils, un modelage de la Personnalité.

La consonne « G » les rend particulièrement oeuvrantes. « Oeuvrantes… « Pourquoi… pourrait-on me demander ?

Parce que le « G » exige une activation du voile du palais, à un endroit précis, nécessaire à l’éveil de la partie centrale du cerveau. Cette zone correspond à ce que l’on désigne souvent comme « l’ouverture du troisième oeil ».

Cette zone entre les deux lobes du cerveau, l’un yin, l’autre yang, est le lieu du choix final entre les activités de l’un et de l’autre.

Aussi, le Verbe se fait chair, modelant l’être humain tout entier, sur le plan physique comme sur les plans les plus subtils. « Chanter est une incarnation. » Les « croyants » de toutes doctrines peuvent se sentir à l’aise à la lecture de quelques lignes. Mais ils peuvent se sentir encore bien plu l’aise en chantant!

Alors chers amis, chantez maintenant !

Revue Française de Yoga, n° 7, « La voix: une voie », janvier 1993, pp. 173-177

Imprimer

Articles connexes

Droite et gauche en médecine chinoise

La médecine traditionnelle chinoise relie le couple « droite-gauche » au yin-yang fondamental, et notamment au couple symbolique « Dur-Mou ».

Le symbolisme de la colonne vertébrale

Faite de « substantifique moelle », la colonne vertébrale, essence de l’homme, est le moyen symbolique de son passage au Ciel.

Symbolisme du cercle

Symbole de l’unité parfaite, le cercle est présent dans la nature à l’état pur plus que toute autre figure géométrique. Il est aussi symbole de la psyché humaine.