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Le corps et l’esprit dans la religion juive

par Betty Halpern-Guedj | Publié le 13 mai 2004

Dans la religion juive, il y a une forte corrélation entre la vie spirituelle, et la santé corporelle : toute action corporelle est étroitement reliée au Transcendant. Le seul moment où il s’opère une désunion entre le corps et l’esprit est le sommeil nocturne, lorsque le rêve permet à l’âme humaine de s’envoler vers les sphères supérieures.

[…]

 » On le voit, le corps et l’esprit ont ainsi partie liée dans la tradition juive puisque la transmission de la sagesse passe par les organes des sens. Mais cela va plus loin encore puisque la proclamation de la foi juive intéresse et intègre toutes les parties du corps humain. Le texte de la prière du Shema – « Écoute Israel, l’Éternel est notre Dieu, l’Éternel est UN » – reprend les versets 4 à 9 du chapitre 6 du Deutéronome. En tout 248 mots hébraïques qui, selon la tradition juive, correspondent aux 248 organes du corps humain. « Car ils sont la vie de ceux qui les trouvent et la santé de leur corps »,.enseignent les proverbes.

Il y a donc une corrélation entre la vie spirituelle et la santé corporelle comme il y a une correspondance entre «les mondes d’en haut» et « les mondes d’en bas ». Selon la tradition mystique du Livre de la splendeur (XIIIe siècle, publié pour la première fois au début du XVIe siècle), «lorsqu’une chose s’éveille ici-bas, la racine, qui en est responsable dans les mondes d’en haut, doit d’abord s’éveiller. L’un unissant l’autre pour refléter l’Unité [divine] » (Zohar 48b). Pour mieux imprimer dans les consciences cette « vérité », le Zohar propose un exemple très concret: « Le moindre brin d’herbe dépend d’une force qui siège dans les mondes supérieurs », assure-t-il (Zohar III 86 a).

Quant au Maharal de Prague, auquel on prête la légende du Golem (fin du XVIe siècle), il compare l’homme à un arbre à l’envers, dont les racines plongeraient dans les cieux, car toute réalité corporelle est reliée au Transcendant, aux «forces d’en haut » dont parle le Zohar. Le sage est celui qui, à travers l’accomplissement des 248 mitsvot, actions positives prescrites par la Torah, sait se relier à sa source. Ce faisant, il s’accomplit lui-même et participe du projet créateur pour la Création tout entière.

Ainsi le Rav Ashlag, commentateur moderne du Zohar, peut-il définir l’homme comme un être tout entier ramassé dans le désir de recevoir (ratson lekabel). C’est l’Être qui reçoit l’Être, corps et esprit mus par cette force de retournement dont parle la Bible : « Et tu retourneras vers l’Éternel, ton Dieu » (Dt. 30,2). Ceci n’est possible qu’en faisant le vide en soi et en se constituant en réceptacle de la Présence.

Chaque partie du corps, à travers l’accomplissement des mitsvot, participe alors de cette entreprise de ressourcement. Le corps aide l’âme à s’unir à sa source comme la femme aide l’homme (Adam), unie à lui au moment de la Création (commentaire de Rabbénou Béhayaï). Lorsque le Créateur dit: « Il n’est pas bon que l’homme soit seul, faisons-lui une aide en face de lui» (Gn. 2,8), le commentaire hébraïque ajoute: « Si l’homme le mérite, elle sera pour lui une aide, sinon, elle se dressera contre lui » (comme dira Rashi, instaurant ainsi la longue tradition de la guerre des sexes (?).

De même, l’esprit (nefesh), principe masculin, trouve une aide dans le corps (gouf, principe féminin, lorsque ce dernier se soumet à la volonté du Créateur. Dans le cas contraire, précise Rabbénou Béhayaï, c’est la guerre. Mais on aurait tort de désespérer car Rabbi Yehouda précise que l’âme (neshama) voue au corps un amour sans faille (Zohar Chemot 140 6). Dans ce même texte du Zohar, Rabbi Eliézer réconcilie l’âme et le corps, neshama étant le principe féminin qui est dans le corps (masculin cette fois) comme une femme chez son époux. […]  »

Revue Française de Yoga, n°29, « De la relation corps-esprit » , janvier 2004, pp.97-103

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