Le Monde du Yoga

Retour

L’Eglise catholique indienne. Réflexion théologique et réponse au nationalisme.

Publié le 07 juin 2005

Au lieu de se déchirer par des querelles internes, l’Eglise catholique indienne devrait tenter de dialoguer et de s’associer avec les Hindous pour promouvoir des valeurs humaines et spirituelles communes, se rendre plus perméable à la culture dominante, et répandre la Parole du Christ avec force mais sans prosélytisme.

INTRODUCTION

« En ce qui concerne leurs attitudes vis-à-vis des religions nonhindoues en Inde, les leaders du RSS répètent qu’ils tolèrent les autres religions et que les musulmans et les chrétiens auront une place égale à celle des hindous dans le hindu-rashtra. Mais en réalité, on constate que le RSS exige d’elles de s’intégrer dans la culture hindoue tout en laissant ses militants leur faire subir des violences. A cause de ces attitudes ambigues du RSS, les musulmans et les chrétiens se sentent menacés dans leur survie en Inde. »

« La réponse de l’Eglise par rapport à la demande d’intégration du RSS s’articule ainsi autour du concept de l’inculturation. Le point qui ne fait pas l’unanimité dans ce domaine parmi les responsables de l’Eglise est celui-ci : jusqu’où peut-on aller sur le chemin de l’inculturation en Inde ? »

I. LES MODALITÉS DU DIALOGUE INTERRELIGIEUX

« Chaque religion est enracinée dans sa propre tradition. A la lumière de son expérience, elle développe particulièrement certaines valeurs plutôt que d’autres. Par exemple, en ce qui concerne la fonction prophétique, le christianisme insiste sur l’amour des autres et sur la justice, l’islam sur la communauté et la justice, l’hindouisme sur la compréhension totalisante de la réalité, le bouddhisme sur l’harmonie intérieure, le confucianisme sur l’ordre social et l’engagement, etc.. L’une des visées immédiates du dialogue interreligieux serait, selon le théologien indien Amaladoss, de partager ces valeurs uniques. »

« Une autre approche du dialogue serait d’expérimenter ensemble Dieu dans une démarche de prière et de contemplation. Amalorpavadass remarque que le dialogue doit être conduit dans le domaine de l’expérience du divin car c’est à ce moment là que nous sommes les plus authentiques et les plus transparents. Les religions se divisent quand elle se rencontrent sur le plan doctrinal, mais elles peuvent s’entendre quand elles sont au niveau de l’expérience religieuse spirituelle car elles contemplent la même Vérité. »

« Au-delà de l’élaboration d’une nouvelle tradition culturelle et religieuse, le dialogue interreligieux doit, selon Amaladoss, viser à une action commune pour la défense et la promotion de valeurs humaines et spirituelles. En Inde qui est le théâtre de plusieurs types de conflits venant de causes raciales, ethniques, culturelles, nationales, religieuses, politiques et économiques, les religions peuvent promouvoir la liberté, la fraternité, la tolérance, la justice, l’égalité etc.. »

II. LA PRATIQUE DE L’INCULTURATION

L’inculturation est une rencontre de l’Evangile avec la culture. Dans une rencontre, les deux partenaires se transforment grâce à leur rapport dialogal. Tout comme la culture locale est transformée par l’Evangile, l’Evangile est renouvelé par la culture.

L’inculturation de 1’Evangile

« Cette expression désigne le processus par lequel l’Eglise donne chair dans une culture locale de notre époque au modèle des quatre Evangiles. Les quatre Evangiles témoignent des variantes culturelles possibles dans la traduction de la Parole de Dieu. Les évangélistes ne reproduisaient pas les mots exacts de Jésus, mais traduisaient la pensée de Jésus dans les configurations culturelles de leurs destinataires. L’objectif de l’inculturation pourrait donc être comme le dit Peelman, d’écrire un « cinquième Evangile » (…) Or, il est clair que ce n’est pas cela qui est visé par le processus de l’inculturation : simplement si l’Evangile s’enracine à fond dans la culture d’un peuple particulier, ce dernier le recevra différemment de la manière dont il a été reçu par les premières communautés chrétiennes. »

L’évangélisation des cultures

« Elle consiste à critiquer ce qui dans une culture va à l’encontre de l’esprit évangélique, à la transformer pour créer une nouvelle culture évangélique. D’après Puthanagady, la parole de Dieu est une parole critique et elle est donc libératrice. »

« Mais cette évangélisation des cultures doit être menée sans détruire la culture indigène prestigieuse qui paraît parfois nonévangélique aux yeux des missionnaires à cause de son altérité par rapport à la leur. »

« L’objectif de toutes ces déclarations officielles de l’Eglise indique la même réalité: il ne faut pas confondre les valeurs, les cultures et les manières de voir occidentales ou celles du monde méditerranéen (qui relèvent des contingences historiques) avec le message consubstantiel ou essentiel de l’Evangile. L’Eglise évangélisatrice n’est ni le Christ ni le Royaume de Dieu. Sa mission est de témoigner du Christ et de se mettre au service du Royaume comme signe et sacrement voulu par Dieu dans le monde. »

Religion et culture

« Il faut peut-être parler ici de ce qui fait souvent obstacle à l’inculturation dans le domaine religieux : c’est la peur de la perte de l’identité chrétienne. Certains pensent que l’adoption des symboles de l’hindouisme comporte un risque d’hindouisation. Cette peur est compréhensible, car la cohabitation des symboles appartenant à des langages religieux différents pourrait produire le syncrétisme. »

Une Eglise authentiquement indienne et catholique

« Dans cet esprit, Avery Dulles précise que la catholicité ne consiste pas dans la répétition d’éléments identiques dans toutes les Eglises locales mais dans la recherche pour vivre une diversité réconciliée. Elle réside dans l’unité des Eglises locales qui, grâce à leurs caractéristiques distinctes et à leurs dons spirituels différents, servent mutuellement à vivre d’une manière dynamique la communion ecclésiale envisagée par le Christ. »

« Plus l’inculturation est radicale, et plus sont riches les possibilités positives de catholicité dans l’Eglise, mais plus grand aussi est le danger de désunion et de schisme. Or il n’y a pas d’autre voie de progrès que de prendre ce risque. »

III. LA CONVERSION ET L’EVANGELISATION

La position des problèmes

« Même si l’hindouisme maintient un éclectisme en théologie et une liberté illimitée pour l’adoration privée, ses codes sociaux sont très rigides. Par conséquent changer de religion équivaut à changer de communauté, ce qui constitue un acte déloyal pour la société hindoue, qui réagit en marginalisant les convertis. »

Le contexte particulier de l’Inde et la pratique de la conversion

« A la lumière de ces faits, je pense que si l’Eglise encourage une théologie de la mission qui est d’abord polarisée sur la conversion, dans le contexte particulier de l’Inde, elle favorisera la multiplication des conflits interreligieux et contribuera à entretenir une image prosélyte de l’Eglise chez les hindous alors qu’en fait ni Jésus ni l’Eglise ne favorisent le prosélytisme. »

Devenir des artisans de paix

« Même peu nombreux, certains ouvrent une voie d’évangélisation face au communalisme du RSS. En Inde, la tension monte entre le RSS et des mouvements communalistes musulmans entraînant des conflits inter-religieux. Selon des responsables ecclésiastiques, l’Eglise peut jouer dans un tel contexte un rôle de médiateur. »

Revue Française de Yoga, N°19, « Religions en Inde aujourd’hui. », février 1999, pp.71-105.

Imprimer

Articles connexes

Droite et gauche en médecine chinoise

La médecine traditionnelle chinoise relie le couple « droite-gauche » au yin-yang fondamental, et notamment au couple symbolique « Dur-Mou ».

Le symbolisme de la colonne vertébrale

Faite de « substantifique moelle », la colonne vertébrale, essence de l’homme, est le moyen symbolique de son passage au Ciel.

Symbolisme du cercle

Symbole de l’unité parfaite, le cercle est présent dans la nature à l’état pur plus que toute autre figure géométrique. Il est aussi symbole de la psyché humaine.