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Pâque juive et Pâques chrétiennes

Publié le 01 octobre 2003

Du Bereshit initial à la Pâque de l’Humanité, l’homme n’a qu’une fin : passer de l’Image qu’il est de Dieu jusqu’à sa ressemblance à Dieu. La Pâque juive et la résurrection participent de ce passage. La résurrection, triomphe du « JE SUIS en devenir d’être », nous met au seuil du passage ultime et glorieux.

« La Pâque juive marque la sortie d’Egypte des Hébreux, qui étaient esclaves en ce pays depuis quatre cent trente ans.

La Pâque chrétienne célèbre la Résurrection du Christ.

Le mot « Pâque » est la traduction de l’hébreu Pessah qui signifie « passage au dessus », voire « épargner ». C’est celui qui est employé par le texte biblique pour parler, au moment de la dixième plaie d’Egypte, de l’oeuvre de l’ange exterminateur qui « passe au-dessus » des maisons des Hébreux, maisons marquées du sang de l’agneau, et qui « épargne » leurs fils, alors qu’il n’en est pas de même pour les malheureux Egyptiens. La mémoire populaire a assimilé Pessah au « passage » de la Mer Rouge, dont le mot qui le signifie est en réalité le verbe Abor, le nom même des Hébreux, peuple du « passage ». Tout en restant conscients de la reconduction impropre de ce mot aux deux événements centraux de notre Histoire, gardons-en le sens couramment admis et parlons de ces deux « Pâques ».

Toutes les traditions ont connu, et certaines connaissent encore, des rites de « passage » permettant à l’adolescent d’atteindre à une nouvelle dimension de lui-même, jusqu’à cet ultime « passage » qu’est la mort. On peut alors en inférer que la naissance elle aussi est un passage, non moins mystérieux que la mort. Et les rites de naissance et de mort abondent dans ces mêmes traditions. Cela a été oublié, perdu, en Occident. Si je me reporte à l’étude que j’ai tenté de faire à partir de la tradition hébraïque au sujet du corps humain, en interrogeant celui-ci dans sa dimension subtile, j’ai mis en lumière les trois grandes matrices qui le constituent et que connaissent aussi toutes les traditions, depuis la Chine jusque chez les Amérindiens: matrice d’eau au niveau du ventre, matrice de feu au coeur du plexus solaire, matrice des moelles – symbole du mariage de l’eau et du feu, reconduisant aux « eaux-d’en-haut » au niveau du crâne. Aucune des grandes traditions du monde ne parle d’autre chose, à propos de ces matrices, que de celles en lesquelles mûrit l’être intérieur en vue d’un « passage », d’une naissance. L’Homme, qu’il soit homme ou femme, un groupe humain, un peuple ou l’humanité tout entière, est saisi dans un programme qui concerne en premier chef son intériorité et dont la réalisation ou le refus de celle-ci construira ou détruira sa vie jusque dans son corps. Nos mythes fondateurs nous invitent à ouvrir notre intelligence à cette réalité primordiale. Mais c’est une grande erreur à nous, judéo-chrétiens, que de les avoir interrogés avec les yeux de l’Homme exilé de lui-même et donc de les avoir traduits dans le registre de notre historicité, celui de l’Homme extérieur.

C’est ainsi que lorsque le Seigneur YHWH s’adresse à Abram – le futur Abraham – qui vit encore chez ses parents à Ur en Chaldée, en lui donnant cet ordre: « Va, quitte ton pays… et va vers celui que je remontrerai », notre tradition n’obéit pas au texte hébreu qui, lui, n’a aucune redondance et ordonne expressément: « Va vers toi, depuis ton pays, celui de tes pères… jusqu’à celui que je te montrerai », ce dernier étant la « terre promise » que certainement Jérusalem symbolise dans la géographie extérieure, mais qui, plus certainement encore, est à l’intérieur de tout être humain, à « l’Orient » de lui-même: il s’agit de la terre du NOM, l’espace le plus « antique » à l’intérieur de l’Adam (l’humanité) et de tout Adam (tout être humain) en lequel est la semence divine – « image de Dieu » – le NOM qui fonde chaque Adam et vers lequel chacun est appelé à aller en le devenant totalement. Là est toute la dynamique « de l’Image à la Ressemblance » que nous révèle le sixième jour de la Genèse et qui nous donne vie: elle peut être appelée dynamique d’une gestation depuis le Germe divin fondateur jusqu’au « Fils » intérieur.

Le premier mot de la Genèse dont les Hébreux nous disent qu’il contient la totalité du message de la Torah, ne nous révèle pas autre chose que cela dans son essentiel: constitué du développement des deux premières lettres Beit et Resh, ce premier mot, Bereshit, se réduit au mot Bar qui est le « Fils ». La tradition juive va plus loin encore et nous dit (ici se confirme la loi de l’holistique) que ce premier mot Bereshit est tout entier contenu dans la première lettre Beit. Elle-même constituée de trois lettres Be-Y-T, cette lettre est un mot qui veut dire la « maison » – son idéogramme primitif est le dessin d’une maison: la maison en elle-même est le mot BaT et celui qui l’habite est la lettre Yod. BaT, la « fille », est tout être humain (féminin par rapport à son Créateur qui se donne une fonction mâle par rapport à sa création, mais qui dans son essence est UN au-delà de toute dialectique mâle-femelle). BaT, « la fille », est la création tout entière que récapitule en elle l’humanité, et chaque être humain en particulier. Que nous soyons homme ou femme, nous sommes devant Dieu cette « fille », vierge enceinte de Lui, lourde du Saint NOM que symbolise la lettre Yod, un YHWH en devenir.
[…]

Notre livre sacré, la Bible, pose dès le « principe » l’absolue nécessité de ces morts–résurrections que j’appellerai mutations et qui impliquent les maternités successives programmées en notre corps énergétique. Le nom même d’Adam porte cette vocation; pour toute l’antiquité un nom contient la puissance de sa vocation.Celui d’Adam, fait de trois lettres hébraïques ADM, est essentiellement celui de AeM, « la mère » qui scelle en son coeur le secret des « portes » (lettre D, Dalet en hébreu) que tout être humain doit passer. Malheureusement nous avons totalement perdu conscience de cela et oublié qu’Adam est chacun de nous autant que l’humanité tout entière. Héritiers de sa faute originelle, pensons–nous, nous devons là aussi rectifier notre regard et considérer ce drame de la chute comme nous atteignant tous dans le collectif, c’est certain – et quelle que soit son origine si difficile à cerner – mais surtout comme étant reconduit à chaque instant par nous, à moins que dans notre personne, nous ne fassions par rapport à lui un retournement radical.Et cela est possible car la chute et la Rédemption coexistent: Dieu, en archétype, mourant et ressuscitant en Son Fils pour libérer la dynamique de nos morts-résurrections en nos fils intérieurs, libérer les Bar-Ahbas – « Fils du Père » – enchaînés dans les geôles du Satan, cette oeuvre de salut est de toute éternité. […]”

Revue Française deYoga, n°13, « Passages, seuils, mutations », janvier 1996, pp. 79-92.

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