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Hatha yoga : du sens historique au sens contemporain

par Boris Tatzky Soeur Samuel | Publié le 25 août 2005

Svâtmârâma fait du hatha yoga un mode de vie qu’il décrit en quatre chapitres, se penchant aussi bien sur la technique des postures que le régime alimentaire, la maîtrise du souffle ou encore l’éveil de l’énergie. Il reste que la dimension spirituelle est moins envisagée par les adeptes contemporains.

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CONTENU DE LA PRATIQUE

Dans le premier chapitre de la Hatha-yoga Pradîpikâ, Svâtmârâma commence par rendre hommage à la lignée de ses enseignants. Il décrit ensuite les causes de réussite et d’échec citées précédemment. Il en vient alors à ce qu’il nomme « le premier élément du hatha-yoga », la description d’une quinzaine de postures (âsana) formant les bases de la pratique. Cet échantillon postural est restreint car il est conçu pour être développé oralement, dans la pratique entre l’enseignant et l’élève. La plupart des postures sont présentées avec leur symbolique, leur technique et les effets auxquelles elles sont destinées.

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Ce chapitre se conclut par une série de recommandations alimentaires nécessaires au hatha-yogi. À leur lecture, on constate là aussi un abandon des transgressions rituelles des Nath. Le régime alimentaire préconisé est sans alcool, sans viande ni poisson. L’alimentation est à base de céréales et se doit d’être frugale. Les mises en garde contre les excès alimentaires sont plusieurs fois renouvelées tout au long du texte.

Le second chapitre présente les exercices de purification et la pratique détaillée des prânâyâma, les contrôles du souffle qui sont intimement liés au contrôle de l’énergie vitale. Au prime abord, l’auteur insiste sur l’étroite relation existant entre la respiration et l’activité mentale. Lorsque le mental est agité, la respiration l’est également. Il propose donc de calmer le souffle afin de réduire l’agitation mentale et de réaliser une stabilité intérieure. Les différents prânâyâma sont présentés comme des thérapeutiques physiques, mentales et spirituelles.

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Dans le troisième chapitre Svâtmârâmanath aborde les pratiques liées à l’éveil de l’énergie créatrice présente en nous. Il décrit des exercices spécifiques, les mudrâ (« sceaux »), et détaille particulièrement les bandha (« fixations »). Ce sont des phases essentielles pour orienter spirituellement toute l’énergie intérieure. Elles établissent une relation étroite entre la conscience et l’énergie. Chez l’être humain, cette conscience-énergie n’est pas éveillée pleinement, sa somnolence est désignée par le terme kundalinî, « l’enroulée ». Cette dernière représente l’étincelle de l’énergie créatrice (shakti) présente en chacun de nous. L’éveil de kundalinî est clairement présentée comme synonyme d’ouverture de la conscience, de réalisation spirituelle. La Hatha yoga Pradîpikâ propose cet éveil comme une ascension de la conscience individuelle au travers des chakra (les centres de l’énergie vitale). Ils représentent les différents niveaux de plénitude intérieure.

Enfin, dans le quatrième chapitre, l’auteur redéfinit le but spirituel du hatha yoga, le raja yoga, qu’il présente comme équivalent à l’éveil de kundalinî, de samâdhi. Afin de favoriser l’accomplissement de cet état intérieur, il présente des exercices de concentration et de méditation profonde. Notamment, il insiste sur la relation étroite entre l’activité mentale et l’énergie vitale. Les méditations sont introduites par des concentrations soit à l’intérieur du corps, soit dans l’espace vide. À l’intérieur du corps ces concentrations prennent souvent comme support les chakra et les circuits de la circulation intérieure de l’énergie vitale (les nadî). Il préconise également la technique d’écoute des sons intérieurs, en fermant les yeux et en bouchant les oreilles. Toutes les techniques proposées aboutissent au lâcher-prise, au vide de pensées, au vide d’ego, ainsi se réalise une expérience nouvelle de la conscience.

En résumé, la tradition du hatha yoga prend comme valeurs de référence:

– la réalisation intuitive de la transcendance, comme but et finalité.

– le rôle majeur de l’instructeur et la transmission ininterrompue d’enseignant à élève

– la nécessité de l’expérience personnelle et persévérante, préalable à la connaissance.

– l’importance d’utiliser toutes les techniques du hatha yoga pour obtenir, des résultats profonds et durables,

– l’interdépendance des niveaux physiques, mentaux et spirituels de l’être humain.

LA DEMANDE CONTEMPORAINE

Les trois niveaux

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1. la grande majorité des débutants réplique en premier lieu par une demande de détente, de relaxation globale. En analysant cette demande, on voit apparaître une association entre bien-être et yoga. Pour les néophytes, les exercices sont supposés avoir un pouvoir anti-stress et procurer un confort de calme et d’équilibre du corps. Souvent la pratique est perçue comme un possible adjuvant thérapeutique dans les troubles psycho-somatiques, liés aux tensions nerveuses. Dans cette demande de bien-être, il y a également le souhait d’améliorer sa vitalité et de favoriser la longévité.

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Les professeurs de yoga, pour la plupart d’entre eux, ont cherché à répondre à cette demande basique. Les cours proposés au public ont donc logiquement reflété la demande, annonçant la relaxation, la souplesse, la tonicité du corps comme valeurs du hatha yoga. Ce faisant, ils ont contribué à renforcer dans l’opinion l’image du yoga – relaxation. Néanmoins, si cette motivation demeure la plus largement évoquée, elle n’est pas la seule.

2. Les adeptes de la maxime attribuée au poète latin Juvenal: « un esprit sain dans un corps sain » constituent un second groupe d’intérêt pour le hatha yoga. En France, ils représentent une forme d’héritage de mai 1968, ils pourraient s’inscrire dans une mouvance que l’on nommerait « la sagesse écologique ». Ils sont motivés par le respect de la vie, de la nature, sont volontiers végétariens, cultivent le calme intérieur.

L’exercice du corps les attire dans la mesure où il s’accompagne d’un progrès dans la concentration mentale. La relation étroite entre le corps et l’esprit paraît un acquis certain pour cette catégorie de pratiquants. Ils feront également volontiers fraterniser la pratique du hatha yoga avec une alimentation à base biologique, la fréquentation de médecines douces et un intérêt pour ce qui a trait à l’humanisme. Egalement aux États Unis, les techniques mind-body, corps-esprit, connaissent en ce moment un très grand succès.

3. Une troisième catégorie d’adeptes du yoga se rencontre dans une demande d’une quête spirituelle individuelle. Chez les débutants, cette aspiration est moins facilement exprimée que les deux précédentes motivations. Il est à noter que les différentes Ecoles du bouddhisme suscitent un intérêt spirituel grandissant, beaucoup plus important que celui suscité par le hatha yoga. Il serait intéressant d’en discerner les causes.

Quoi qu’il en soit, le hatha yoga répond à l’interrogation des personnes qui souhaitent retrouver une spiritualité dans un nouveau cadre. Dans une approche non intellectuelle, non doctrinale, ces personnes vont naturellement pratiquer la méditation. Elles vont s’intéresser aux diverses modalités d’approche de cet état intérieur, notamment au travers du souffle, de l’attention et du lâcher-prise.

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Revue Française de Yoga, n° 23, « Le sens de la vie », janvier 2000, pp. 331-347

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